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MIR - Mouvement International pour
les Réparations
L'AFFAIRE
MANETTE OU L'ABJECTE HISTOIRE
DU
RACISME ORDINAIRE
(France,
Région parisienne, mars 1999)
Rappel des faits (PV du MIR de la Réunion du Mardi 6
avril 1999), suivi de la
Lettre du Conseil Général au Commissaire
du Kremlin-Bicêtre (Banlieue de Paris)
RAPPEL DES FAITS
Le
mardi 6 avril 1999, à 19h à la CAG (Local communautaire
antillo-guyanais situé au 52 rue Riquet, Paris 19ème)
une rencontre a été organisée avec Mme Manette. Cette
dame extrêmement calme et posée, mère de quatre enfants,
titulaire d’un Bac et d’un BTS de comptabilité-gestion,
est arrivée soutenue par un des organisateurs, marchant
avec difficulté et portant une minerve. Le récit du
cauchemar vécu par cette mère de famille a bouleversé
la salle qui était pleine. De quoi s’agit-il ?
Fin
mars 99, alors qu’elle se rendait comme chaque jour
dans le collège de la banlieue sud de Paris où elle
travaille, Mme Manette n’a pu passer dans le métro,
sa carte de transport ('carte orange') étant démagnétisée.
Une incompréhension est survenue avec l’employée (antillaise)
du guichet qui a refusé de lui ouvrir ou de lui remettre
une contremarque (lui disant textuellement de ‘se démerder’)
et c’est un autre employé du guichet, qui après avoir
constaté la démagnétisation lui a remis une contremarque
lui permettant de passer.
La
première employée, celle qui avait refusé que Mme Manette
ne passe, ne l’a pas supporté. … Alors que Mme Manette
attendait son métro, elle a vu cette dernière arriver
sur le quai accompagnée d’un de ses collègues de forte
corpulence; ces deux employés de la RATP, qui avaient
abandonné leur guichet ont décrété que Madame Manette
ne prendrait pas le métro ; ils ont alors commencé à
la battre lui hurlant qu’ils allaient ‘l’écraser’ et
, soit dit en passant, il est regrettable de constater,
qu’une fois de plus, aucun passager n’est intervenu
alors que Mme Manette appelait au secours…
Mme
Manette, couverte d’hématomes est sortie prendre un
bus afin de rejoindre le collège où elle travaille,
de faire part à ses collègues de ce qui lui était arrivé,
et d’aller voir un médecin …. Brusquement, alors qu’elle
était assise dans le bus depuis quelques minutes, des
‘forces de l’ordre’ firent irruption et s’emparèrent
littéralement d’elle, sans un bonjour ou un mot d’explication
(elle était la seule femme noire dans le bus), la tirèrent,
la faisant trébucher à la descente, et l’ayant menottée
(à sa plus grande honte) ils l’enfournèrent dans leur
véhicule, en lui assenant un coup de pied au derrière
et un coup supplémentaire sur la tête.
Un
passant a tenté d'intervenir s'adressant à
Madame Manette en créole alors qu'elle était
poussée dans le véhicule de police, mais
les policiers l'ayant rabroué, il n'a pas su
que faire.
Arrivée
au poste elle fut introduite dans une pièce pour être
fouillée, et l’ayant mise nue, l’agent refusa de pousser
la porte, la maintenant ainsi en objet d’exhibition.
Tirée par ses menottes par un agent l’amenant quatre
à quatre à l’étage alors qu’elle ne parvenait plus à
avancer, puis placée sur un banc en fer en plein courant
d’air et grelottante, Madame Manette se vit refuser
non seulement une couverture (un agent finit par lui
jeter à distance son manteau qui tomba à ses pieds alors
qu’elle était menottée) et de l’eau à boire , mais encore
le droit de téléphoner à son travail et à sa famille,
et pour couronner le tout, le droit d’aller aux toilettes.
Elle fut contrainte d’uriner sous elle.
Pour
finir, en milieu d’après-midi, en pleine poussée de
fièvre, elle sombra dans le coma.
C’est
alors que, les agents de police appelèrent les pompiers
et que ceux-ci, après une difficile réanimation, conduisirent
Mme Manette à l’hôpital. Le médecin lui dira par la
suite, qu’à dix minutes près, c’est ‘au frigo’ (c’est
à dire à la morgue) qu’on la mettait...
Lorsqu’il
a été question des hématomes dont elle était couverte,
et notamment de son épaule et de son bras gauche complètement
immobilisés, il a été répondu que Mme Manette étant
corpulente, les pompiers dans la précipitation, alors
qu’elle était dans le coma, l’avaient sans doute laissée
involontairement tomber….
Lorsqu’il
a été question de sa montre et de ses bijoux qui avaient
disparus, il a été répondu que c’était sans doute le
personnel de l’hôpital...
Ceux
d'entre nous qui ont participé à cette rencontre avec
Madame Manette ont été profondément émus par ce nouveau
fait qui vient s’ajouter à une liste déjà longue en
France. Sans l’intervention des pompiers et du corps
médical, cette dame ne serait plus parmi nous pour témoigner.
Nous
avons souligné en ce début de PV, que
ce mardi 6 avril 1999,
la salle de la CAG était bondée. Il importe
de préciser que:
- l'auditoire a manifesté clairement et massivement
sa détermination à agir et à définir
immédiatement des actions de protestation à
mener sans tarder, notamment aux abords du commissariat
du Kremlin où se sont déroulés
les faits.
- que Madame Manette (qui quelques jours auparavant
avait eu l'opportunité grâce à un
journaliste de s'exprimer sur la radio media-tropical
suscitant cet élan de solidarité et d'indignation)
est arrivée très encadrée
par des personnes qui, par compassion, l'auraient rejointe
après son intervention sur les ondes, et que
la réunion à la CAG s'est clôturée
sur des directives de non mobilisation immédiate,
et d'attente des résultats de procédures
juridiques.
MIR
(mir@wasadugu.org), 1999
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