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Annexe
" AJUSTEMENT CULTUREL " , CONDITION D'UNE RENAISSANCE AFRICAINE
ET D'UN " BLACK EMPOWERMENT "
GENERALISATION
D'UN ENSEIGNEMENT SCIENTIFIQUE RENOVE
L'enseignement
n'est pas neutre, dès lors que l'on omet systématiquement
de situer la discipline dans son contexte historique. Même
dans l'enseignement des mathématiques, lorsque l'on
privilégie une méthode ou une technique plutôt
qu'une autre pour aboutir à un résultat des
choix sont faits en fonction de divers facteurs. Cette occultation
permanente des choix qui conduisent à privilégier
telle voie de résolution du problème plutôt
que telle autre, conditionne l'élève à
adopter ce qu'on lui enseigne pour unique voie comme s'il
n'y avait pas d'alternative. Ceci est vrai pour toutes les
disciplines, et cela concerne également la sélection
qui a été faite d'enseigner telle ou telle discipline,
tel ou tel savoir. Actuellement, le package de l'enseignement
porte l'idéologie coloniale qui a présidé
à son élaboration. Les Africains doivent donc
s'atteler à un travail important de construction de
leur propre package d'enseignement, ce qui requiert des compétences
multiples (n1), puisque:
- non seulement il faut attaquer la question de la transmission
du savoir dans les langues nationales,
- mais que de surcroît il faut repenser de manière
autonome les besoins,
- ainsi que repenser le contenu des programmes en fonction
desdits besoins et des contraintes.
Concrètement,
par où faut-il commencer au regard des urgences ?
Dans la perspective de la Renaissance africaine et du Black
empowerment fondés sur le respect des droits humains
(tels que définis dans le NEPAD (n2)
), pour la formation à une citoyenneté active,
nous pensons qu'il faut entamer la reconstruction de l'éducation
africaine en introduisant à l'école tout au
long du cursus:
1 ) l'étude du développement durable et l'ouverture
aux grandes questions scientifiques/éthiques actuelles
; les télévisions/radios nationales devraient
intégrer dans la journée des programmes qui
fournissent pour les enseignants les supports requis, et l'intégration
du savoir africain traditionnel (n3)
dans les programmes devrait être à l'agenda.
2 ) l'acquisition des techniques écologiquement rationnelles
orientées vers l'autonomisation des familles et des
communautés (n4):
agriculture et santé (y compris conservation/transformation
des produits, collecte, culture et traitement des plantes
médicinales et conservation du biotope, et prévention
de la désertification), gestion de l'eau (y compris
rétention des eaux de ruissellement, creusement/entretien
de puits, forages, canaux et canalisations, filtrage de l'eau,
gestion des eaux usées), gestion des déchets,
et énergies renouvelables (éolienne, hydraulique,
solaire
) (n5).
3 ) l'étude des médias et un débat permanent
autour du contenu informatif et culturel, en sollicitant de
multiples intervenants extérieurs ; ceci afin de développer
l'autonomisation de la pensée.
4 ) conformément à la résolution finale
de la Conférence Mondiale des nations Unies contre
le racisme de 2001, l'enseignement de la vérité
"de l'histoire de l'humanité, depuis l'antiquité
jusqu'au passé récent", c'est à
dire d'"l'histoire complète et véridique
des Africains et des personnes d'ascendance africaine et la
contribution qu'ils ont apportée" (n6),
En
rapport avec le NEPAD on peut souligner que la restitution
de la mémoire historique et collective est notamment
:
- une voie privilégiée pour développer
la conscience partagée des racines communes de l'humanité,
- une voie privilégiée pour impulser le "
soulèvement spirituel " mentionné dans
le M.A.P. (art. 4) (n7),
- très pragmatiquement, une voie privilégiée
pour redonner courage à ceux qui accablés par
les défis du présent et étranglés
par la pauvreté tendent à baisser les bras et
à ne plus savoir par quel bout prendre les problèmes,
- une voie privilégiée pour forger un référent
commun afin de faciliter l'intercompréhension entre
Africains du continent (chefs de gouvernements compris), entre
Africains du continent et des diasporas, et entre Africains
des différentes diasporas des Amériques, d'Asie,
du Pacifique et d'Europe ;
- enfin, une voie privilégiée pour l'enracinement
de la tolérance et pour le barrage aux manipulations
des idéologies extrêmes religieuses et politiques.
Et ces manipulations idéologiques sont dans le monde
actuel, a fortiori dans des sociétés où
les gens sont acculés par la misère, une menace
majeure pour qui veut instaurer une paix fondée sur
la justice, la tolérance et le respect des droits des
individus et des communautés.
Concernant
la teneur de cette restitution de la mémoire des personnes
d'ascendance africaine sur le continent et dans la diaspora,
compte tenu du négationnisme monumental dont elles
ont été et continuent d'être victimes,
parallèlement à une révision de l'histoire
des invasions coloniales, à une révision de
l'histoire des résistances et des processus de libération,
et parallèlement à une analyse détaillée
de l'apartheid, certains thèmes majeurs totalement
occultés doivent intégrer les programmes scolaires.
Notamment :
- Peuplement initial africain du monde et legs culturel (matériel
et immatériel) qui en a résulté dans
l'ensemble des continents et jusqu'aux confins de l'arctique
;
- Processus de différenciation " raciale "
;
- Culture des Africains dans l'antiquité et apport
à l'humanité ;
- Apport et positionnement des Africains dans la hiérarchie
historique des différentes religions (n8);
- Apport africain dans les cultures grecque et gréco-romaine
;
- Ethnicité originelle des Sémites et apport
africain dans les cultures sémitiques ;
- Apport africain dans la culture maure/andalouse ;
- Déportation et esclavage des Africains en Afrique
du Nord et en Asie notamment dans la Péninsule Arabe,
en Iraq (Zanj), en Inde (Siddis
), au Pakistan (Sheedis
)
- Construction intellectuelle historique du racisme ;
- Apport des Africains aux idéaux de liberté
et aux révolutions des XVIII et XIXème siècles
;
- Apport africain en matière de sélection végétale
et animale et de pharmacopée ;
- Apport des inventeurs/créateurs d'ascendance africaine
à la civilisation industrielle, en dépit de
l'esclavage, de l'invasion coloniale, de l'apartheid et de
l'interdiction d'étudier qui ont prévalu au
cours des cinq derniers siècles.
Si
tous ces thèmes largement occultés intègrent
l'enseignement, alors les membres du M.I.R. considèrent
qu'un pas en avant majeur sera accompli et que les fondements
sur lesquels nous voulons bâtir l'avenir seront consolidés.
Il est important que les structures des Nations Unies qui
sont concernées par la lutte contre la pauvreté
et qui ont déclaré leur soutien au NEPAD, s'impliquent
avec l'UNESCO et le Haut Commissariat aux droits humains dans
la production d'ouvrages/supports pédagogiques s'adressant
à différentes tranches d'âges (de la petite
enfance à la fin du cycle secondaire), et traitant
du peuplement du monde et de l'histoire des peuples d'ascendance
africaine et des " peuples autochtones ".
Une fois ce type d'ouvrages/supports pédagogiques adoptés
par l'Union africaine pour ses programmes scolaires officiels
(n9) (les traductions en
langues nationales incombant aux différents Etats),
on peut penser que d'autres Etats du Sud suivront tandis que
les diasporas africaines pourront s'approprier ces manuels
pour faire contrepoids aux enseignements subis par leurs enfants
dans les pays où elles résident.
Enfin,
toujours dans le cadre de cet élargissement institutionnel
du champs de l'enseignement scolaire de l'histoire, il sera
crucial d'analyser, à travers l'histoire, l'évolution
du statut des femmes ainsi que l'évolution des mentalités
et des droits (foncier, civil, pénal
). Analyser,
c'est à dire mettre au jour le " pourquoi ".
Pourquoi par exemple, une même société
peut passer du matriarcat au patriarcat et vice versa.
Ce type de lecture historique globalisante peut permettre
de révéler la logique derrière les comportements,
et cette compréhension est majeure pour barrer les
idéologies manipulatrices qui ont pour mission de créer
et attiser des conflits intra-communautaires via une hiérarchisation
fallacieuse des cultures.
Enfin,
afin de renforcer les universitaires (enseignants, chercheurs
et étudiants) du continent et de la diaspora, face
à la tâche immense qu'ils doivent accomplir,
les Nations Unies pourraient apporter leur contribution pour
la mise en place:
- d'un réseau panafricain de formation (n10)
- et d'un cursus universitaire international relatif aux "
civilisations africaines classiques ", à élaborer
avec les chercheurs engagés dans le combat de résistance
au négationnisme et d'investigation du passé.
(1)
mais des chercheurs et des professionnels de toutes disciplines
sont partout déjà à l'uvre, de
l'Union Mathématique Africaine aux chercheurs réunis
autour du Journal of African Civilizations etc. qui ne demandent
qu'à être davantage coordonnés.
(2) The New Partnership
for Africa's Development (Nouveau Partenariat pour le Développement
de l'Afrique), octobre 2001
(3) en ce qui concerne
l'alimentation, ce serait se priver d'une opportunité
que de faire table rase de l'existant, en mettant en uvre
l'application des avancées de la science agronomique
sans parallèlement mettre en uvre l'investigation
du savoir local fondé sur une connaissance approfondie
des terroirs. Rappelons que les travaux les plus récents
en matière d'histoire démographique, concluent
à l'existence d'une population africaine comprise entre
600 et 800 millions de personnes au XVème siècle,
lorsque débute l'invasion européenne.
(4) les écoles
devraient dans la mesure de leurs possibilités chercher
à elles-mêmes contribuer à leur autofinancement
via leurs productions agricoles, techniques, artistiques,
informatiques ou autres, selon le lieu et les opportunités.
(5) L'école
devrait être ouverte sur la société, et
les artisans et techniciens (mécaniciens
) associés
à ce type d'enseignement à la fois comme enseignants
et comme élèves dans le cadre de la formation
continue.
(6) Et
ce serait l'occasion d'ouvrir l'école aux méthodes
traditionnelles d'enseignement, des récits des griots
aux dessins sur le sable en passant par les contes etc.
(7) Millennium Partnership
for the African Recovery Programme (Association du Millénaire
pour le Programme de Redressement Africain, Pretoria, mars
2001)
(8) Pour information
: dans le cadre de la mise en uvre du Plan d'action
de la Conférence Mondiale des Nations Unies contre
le racisme de Durban (2001), le Caucus des Africains et Descendants
d'Africains a organisé en octobre 2002 une conférence
de cinq jours à La Barbade (" Réparer les
dommages, réparer l'injustice ") à laquelle
ont assisté un millier de militants venus de tous les
continents. Une organisation a été créée
ayant vocation à structurer la coordination des Africains
et Descendants d'Africains à l'échelle mondiale,
dénommée le Global Afrikan Congress. Parmi ses
recommandations, figure le retrait des lieux publics et des
lieux de culte des images figurant Jésus Christ en
homme blanc, particulièrement dans les emplacements
susceptibles d'être fréquentés par de
jeunes Noirs encore immatures.
(9) Nul n'ignore
la dictature qu'exercent les grands groupes d'édition
sur le juteux marché des livres scolaires
. Mais
ils ne peuvent pourtant empêcher, à l'heure d'internet
que des militants créent et diffusent des livres scolaires
par ce média.
(10) Amélioration
de la communication et coordination à l'échelle
internationale (rendue aujourd'hui possible grâce à
internet), de sorte que chaque enseignant-chercheur du continent
ou de la diaspora, ait la possibilité de faire connaître
les sujets sur lesquels il souhaite un approfondissement de
la recherche, et puisse dans l'encadrement des maîtrisards
et doctorants, travailler avec des étudiants d'origines
diverses du continent et des diasporas.
M.I.R.,
Forum de la société civile du NEPAD, Accra,
2003
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