L’African Liberation Day 2005 à Paris
http://www.wasadugu.org/ALD2005Paris.htm
samedi 28 mai 2005

Compte-rendu du MIR-France (13 juin 2005)

La célébration de l’African Liberation Day par les militants de Paris a connu cette année une nouvelle impulsion, avec l’organisation d’une journée de travail en salle par l’AMICALE PANAFRICAINE (communiqué joint), et le rassemblement Place de la République du MIR-France, Mouvement International pour les Réparations(appel) (compte-rendu ci-dessous).

A la sortie du métro République, le M.I.R. avait tendu une banderole :
« Libéralisme = Guerre et Pillage de l’Afrique »

 

....et sur le terre-plein étaient placardées des affiches
rappelant le sacrifice des Héros du Matouba
ainsi que des affiches de Mumia Abu Jamal, appelant au
rassemblement du 2 juillet 2005 Place de la concorde.


Déclaration du 10 mai 1802 de Delgrès
" La résistance à l'oppression est un droit naturel.
N
otre cause sert celle de la Justice et de l'Humanité"

 

…Et c’est au son d’Eugène Mona et de WAR de Bob Marley que l’animation musicale a débuté.

En introduction, le président 2005 du MIR-France SANVI PANOU, qui dirige le Cinéma Images d’Ailleurs, a souligné le sens de cette célébration appelée à se renouveler annuellement chaque dernier samedi du mois de mai jusqu’à la libération totale…


25 mai : African Liberation Day, Journée Africaine de la Libération créée en 1958 par le Ghana de Kwame Nkrumah lors de la première conférence des Etats Indépendants d’Afrique. Avec pour objectif initial de célébrer la lutte pour décoloniser l’Afrique, pour démanteler l’apartheid, pour vaincre la ségrégation et le racisme anti-noir dans la Diaspora.
28 mai : journée du souvenir des Héros du Matouba (Guadeloupe, 1802) et donc de tous les résistants à l’oppression dont la cause « sert celle de la justice et de l’humanité ».


Puis ayant rappelé la situation intolérable faite aux peuples d’ascendance africaine, en ces mois d’avril-mai 2005 où la République française s’évertue à instaurer au Togo une dynastie monarchique, il a au nom du M.I.R. ouvert la manifestation en exhortant les militants à relancer partout la célébration annuelle de l’African liberation Day, et à prendre les rues pour faire savoir à tous les peuples du monde l’oppression que les peuples d'ascendance africaine subissent encore à ce jour.

…« 10 ans après la fin de l’apartheid, au vu des problèmes auxquels les peuples africains partout dans le monde sont confrontés nous avons décidé que nous ne pouvions plus attendre pour relancer sur la place publique la célébration de l’African Liberation Day. L’urgence au Togo ne nous permet plus d’attendre. Le peuple togolais a enregistré au cours d’avril-mai plus de 800 morts, 5000 blessés des dizaines de milliers de disparus.
Le Président Chirac prétend nous imposer un système monarchique comme si nous Africains, n’avions pas droit à cette démocratie revendiquée sur toute la planète.
Si nous nous mobilisons c’est pour gagner, et nous avons tous les moyens de gagner.
Nous sommes un peuple majeur en Afrique comme dans la Diaspora.
Un peuple déterminé à conquérir sa liberté ».

Il a alors informé les participants de l’« immense pas vers cette victoire absolue » qui venait d’être enregistré en début de semaine, avec l’assignation de l’Etat français par le MIR-Martinique et le Conseil Mondial de la Diaspora Pan Africaine, s’appuyant sur la loi Taubira de mai 2001, pour un dédommagement comprenant une provision à hauteur de 200 milliards d’euros pour le crime contre l’humanité perpétré par l’Etat français contre le peuple martiniquais. « Un acte historique qu’Haïti n’a pas encore réussi à faire, mais qui se fera, et que tous les peuples atteints par ce crime contre l’humanité feront ».

Un acte posé le 23 mai 2005 et qui n’a pas tardé à susciter une riposte puisque deux semaines plus tard,

1 ) le Sénat français juge bon (samedi 11 juin 2005) de décerner son « Prix du livre d’histoire » à l’ouvrage médiocre d’Olivier Petre-Grenouilleau ambitieusement intitulé « Les Traites négrières, essai d’histoire globale » ;

2 ) l’auteur ainsi sorti de son anonymat et auréolé de son prix, révèle dés le lendemain, (maladroitement d’ailleurs) dans le « Journal du Dimanche » les arcanes de ce qui apparaît comme une réponse aux revendications de la communauté noire. A savoir UNE OFFENSIVE SUR LA LOI TAUBIRA DE MAI 2001. Qu’on en juge… Le fait que des Africains feraient état de la participation importante de Juifs (et non plus seulement de Chrétiens et de Musulmans) dans le commerce, la déportation et la détention en esclavage des Africains durant plusieurs siècles serait selon Petre-Grenouilleau une « accusation » qui « dépasse le cas de Dieudonné » et est « aussi le problème (sic) de la loi Taubira qui considère (sic) la traite des Noirs par les Européens comme (sic) un «crime contre l’humanité », incluant de ce fait une comparaison avec la Shoah. »

……L’offensive pour la reconnaissance des crimes du passé est engagée afin de permettre la construction pacifiée d’un avenir commun, une partie de la France officielle se crispe, le MIR ne peut qu’exhorter tous les gens de bonne volonté à se mobiliser pour poursuivre unis le combat pour la justice.

Succédant à Sanvi Panou, la cinéaste SARAH MALDOROR est ensuite intervenue pour présenter en quelques mots le combat de ceux à qui le MIR avait dédié la journée, Delgrès et ses compagnons, tous combattants de la Liberté…


« Napoléon a rétabli l’esclavage. Delgrès avec Ignace, solitude et d’autres ne l’ont pas accepté et ont résisté. Ce sont des Résistants, comme il y en a eu à d’autres moments en France et ailleurs dans le monde. Mais tandis que les Résistants français de France sont reconnus, les Résistants de la Guadeloupe ou de la Martinique ne font pas partie de l’Histoire. (…) Nous devons travailler sur l’histoire. Taubira a fait énormément nous devons continuer le chemin qu'elle a tracé.»

Répondant à une question posée par un participant, une militante du MIR-France a alors pris la parole pour rappeler qui était Sarah Maldoror, une cinéaste qui soit dit en passant cherche depuis plus de dix ans un financement pour son film sur précisément « Les Révoltés du Matouba ».

La présentation de Sarah Maldoror, guadeloupéenne d’origine, connue pour son implication dans la lutte de libération des années 60’ 70’ des colonies portugaises d’Afrique et sa dénonciation de la torture portugaise, a été l’occasion d’un survol historique quant aux pas accomplis par les peuples d’ascendance africaine au cours des cinquante dernières années.

Lorsque l’African Liberation Day a été créé en 1958 dans le Ghana qui venait d’accéder à l’indépendance en 1957, toute l’Afrique subsaharienne était sous domination coloniale mis à part le Liberia, pseudo-colonie des USA, et les pays d’Afrique australe sous domination blanche (Afrique du Sud, Rhodésie…).
Quant à la Diaspora africaine, elle était encore confrontée à la ségrégation, aux USA notamment.

En Afrique subsaharienne, c’est dans les colonies portugaises que le mouvement de libération armée s’enclenche puisque le Portugal de Salazar se refuse à décoloniser. Auparavant, l’Angleterre confrontée au mouvement de libération au Kenya notamment (1954, Mau Mau…) s’est engagée dans la décolonisation en Afrique. Quant à la France, dans l’impossibilité de faire face à la fois sur les fronts d’Asie (1954, Diên Biên Phu), d’Afrique du Nord (1954, premiers « évènements » à Constantine en Algérie) et d’Afrique subsaharienne (gravissime conflit à Madagascar en 1947, maquis important au Cameroun où des années 1940 à 1970 on enregistre un million de morts avec notamment usage du napalm, ébullition en Guinée etc.), elle doit faire des choix : la priorité c’est l’Algérie, colonie de peuplement alors devenue département français. Et en Afrique subsaharienne, la France négocie.

Reste donc le Portugal qui a derrière lui tout l’Occident c’est à dire l’OTAN (le Traité de l’Atlantique Nord place les pays d’Europe de l’Ouest sous la protection des USA en cas d’agression, sous entendu d’agression communiste ; et les Etats occidentaux se plaisent à présenter les guerres d’indépendance comme les éléments d’un complot communiste), car nul n’ignore que la libération de l’Angola et du Mozambique serait le signe avant-coureur de la libération de toute l’Afrique australe. ...En ce mois de mai, mois de la mort de Bob Marley (1981) c’est d’ailleurs l’occasion pour l'intervenante de rappeler que Bob en précurseur chantait « African will liberate Zimbabwe », à une époque où nombreux étaient ceux qui considéraient que le bastion blanc de la Rhodésie ne pourrait jamais être libéré compte tenu de la disproportion des forces militaires et économiques entre Africains et colons blancs.

Puis il y a dix ans c’est la chute de l’apartheid. « Et dix ans plus tard, on se rend compte que de manière éhontée la république française est en train de prétendre installer un système monarchique dans ses anciennes colonies.»

Ceci est d’autant plus choquant qu’Eyadema dont Chirac aime à proclamer qu’il est un « ami personnel », est l’individu qui a personnellement assassiné en 1963 de manière macabre le premier président du Togo, Sylvanus Olympio. Et cela parce que Sylvanus Olympio avait souhaité se rapprocher davantage de l’Allemagne (avec notamment l’ancrage de la monnaie togolaise sur le Mark allemand) qu’il estimait plus à même que la France de contribuer au développement de son pays.

Quant à cette succession forcée du fils d’Eyadema à son père, à y regarder de plus près on s’aperçoit qu’il s’agit peut-être bien là d’une stratégie globale puisqu’à l’évidence les présidents de tout un panel de pays voisins du Togo, ont eux aussi déjà un fils prêt au lancement, et parfois d’ores et déjà ministre.

« C’est ainsi au vu des urgences, au vu de ce qui se passe au Togo, au vu du fait que les Togolais sont seuls dans leur combat ; c’est à dire que ni les Congolais, ni les Camerounais, ni les Guadeloupéens, ni les Martiniquais, ni les Guyanais etc. ne sont avec eux. C’est donc au vu qu’ils sont seuls avec une poignée de militants anti-impérialistes français, que nous nous sommes dit qu’il fallait agir, qu’il fallait réinstaller un agenda international commun. Et l’ALD est précisément le cadre adéquat pour nous permettre de faire connaître la situation au Togo qui demeure largement méconnue de notre diaspora d’Europe et des Amériques ; beaucoup de gens en Angleterre ou aux USA par exemple sont informés de l’enjeu majeur de la reprise de la terre au Zimbabwe où du drame qui se déroule depuis plusieurs années au Congo Kinshasa, mais la question du Togo n’a pas encore vraiment franchi le cercle franco-français et l’ALD offre l’opportunité de l’en faire sortir.

Quant à la journée dédiée à Delgrès c’est du même ordre. C’est un acte politique. Delgrès pour l’instant n’a pas encore rejoint le panthéon noir international et c’est l’opportunité de le faire connaître à l’échelle internationale.
»

Le contexte historique dans lequel s’inscrit la célébration de cet African Liberation Day 2005 ayant ainsi été cerné, Foly-Ekhe Foligan, porte-parole des Togolais en lutte prend la parole.

 

Foly se réjouit tout d’abord de la diversité des participants : camarades d’ascendance africaine du continent et de la diaspora, et personnes de toutes origines. Bref « des êtres humains qui sont révoltés, des êtres humains qui veulent que le monde change ».

Puis il brosse un tableau précis de la situation actuelle du Togo, de sa genèse et de l’urgence qui prévaut.

Commençant par rappeler « ce que le monde entier a vu » via les médias, à savoir le déchaînement de violence de l’armée d’Eyadema afin de faire taire la voix des urnes, ces urnes sur lesquelles on a vu les soldats tirer.
Soulignant ensuite la position singulière de la France en la personne de Monsieur Chirac, seule à reconnaître la validité de ces élections, alors que les parlementaires européens ont tenu à clairement se dissocier de cette mascarade.
Et enfin restituant ce positionnement français dans son contexte. Une politique africaine française d’ensemble. … « Derrière cette mascarade c’est Chirac, l’armée française, la DGSE. Il ne s’agit pas d’une dérive. Ce qui se passe a été orchestré par De Gaulle lui-même et mis en application par Jacques Foccart. »

Foly cerne alors l’enjeu du combat en cours, et souligne la détermination des militants…
« Notre combat nous ne le menons pas seulement pour l’Afrique mais pour l’Humanité entière. Après les crimes nazis il est intolérable que le monde continue de s’accommoder de ce que l’armée française met en branle en Afrique. Le Congo, 4 millions de morts, la France est derrière. Le Rwanda, un génocide, la France est derrière. Le Cameroun des milliers de morts, la France est derrière. L’Angola des milliers de morts, la France est derrière...
Il est hors de question que nous acceptions ça.
Il est hors de question que l’Humanité accepte de continuer à se faire saigner par quelques personnes toujours les mêmes.
Il y a quelques jours le chancelier Schröder a dit la honte de l’Allemagne pour les crimes que les nazis ont commis. Il se prépare à réparer. Mais la France s’obstine à détruire les pays africains. La France s’obstine à détruire les Peuples africains.
On nous dit 800 morts, 5000 blessés, 40.000 réfugiés, des disparus, des escadrons de la mort. Ca ne vous dit pas quelque chose des escadrons de la mort ? Rappelez-vous le Chili, rappelez-vous Pinochet. Il y a une relation directe de Pinochet à Eyadema. C’est la guerre antirévolutionnaire, c’est celle que l’armée française a développée après l’Indochine, appliquée en Algérie. Celle qu’Aussaresses a enseignée à Eyadema (…). Il y a une relation claire entre les crimes qui se commettent dans le cadre du Plan Condor, les crimes qui se commettent en Afrique et l’armée française et l’Elysée. Car tout cela se planifie dans le domaine réservé de la Cellule Afrique de l’Elysée. Il est tant que cela s’arrête
».

Et tandis que l’orateur suivant monte sur l’estrade, les manifestants scandent

« A bas, A bas, A bas la dictature !»



La compétition des Impérialismes dans le partage du monde
produit le « Non à la guerre en Irak » et le « Oui à la dictature au Togo »



Pâris Baletula DIAMBANZA prend alors le relais en venant évoquer la tragédie congolaise tellement « révélatrice des enjeux et DES NOUVELLES stratégies de recolonisation ».

Dans un survol historique il rappelle qu’après des années de mobilisation populaire, le Congo Kinshasa devient indépendant le 30 juin 1960, avec pour Président de la République Joseph Kasavubu et pour Premier Ministre Patrice Emery Lumumba ; que l’Etat congolais se dote d’institutions démocratiques, et que huit jours plus tard le peuple congolais est confronté à un coup de force de la Belgique « qui creuse la tombe de la démocratie au Congo et plonge le Congo dans une guerre de sécession qui va coûter la vie à des centaines de milliers de Congolais ».

Pour l’ancien colonisateur, la Belgique (en collaboration d’ailleurs avec l’Afrique du Sud), il s’agit de soustraire en urgence la région la plus riche du pays (le Katanga) à la gouvernance du nouvel Etat. « La Belgique porte aussi une responsabilité directe dans l’assassinat barbare de l’ancien Premier Ministre congolais Emery Patrice Lumumba ».

… « Il nous a paru nécessaire de faire ce retour sur l’histoire car lorsqu’on perd la trame historique les évènements perdent leur sens. Les luttes et conflits actuels paraissent absurdes comme si les Africains étaient des hommes insensés qui n’ont comme projet que de faire le malheur de leurs peuples (…). Aujourd’hui il est vrai, dans certaines régions de l’Afrique des populations privées de tout droit vivent dans une situation d’extrême précarité. Ce n’est pas parce que leur pays a accédé à l’indépendance qu’ils sont misérables. Bien au contraire. C’est parce que ces pays n’ont pas pu transformer les indépendances protocolaires en indépendances politiques ». Ceux qui luttaient pour le bien-être de leur peuple ont été systématiquement éliminés et les individus les plus vils de la société soutenus. Ainsi, au pillage colonial s’ajoutent les prébendes de ces pouvoirs de façade qui jouent les intermédiaires.

Pâris Baletula souligne ensuite l’enjeu du Congo Kinshasa : « le plus grand pays (en superficie) des Noirs et le château d’eau de l’Afrique sans même parler des richesses immenses qui ont fait le malheur de ce pays. »

Il dénonce enfin les manœuvres présentement engagées au nom du rétablissement de la paix et qui sont porteuses de nouveaux chaos… « Il existe actuellement au Congo un schéma qu’on appelle 1 + 4,
1 président et 4 vice-présidents ; c’est un gouvernement qui est composé de gens qui ont commis des massacres contre leur propre population, mais soit-disant pour avoir la paix on impose un schéma injuste. La population congolaise a accepté ce schéma présenté comme transitoire, étant convenu que le pays devait s’acheminer au 30 juin 2005 vers des élections régulières qui permettraient que la population choisisse ses dirigeants. Mais puisque l’AFRIQUE N’A PAS DROIT A LA DEMOCRATIE des manœuvres sont en cours afin de surseoir à ces élections », manœuvres qui risquent une fois encore de générer « une situation terrible ».

Enfin, Pâris Baletula exhorte les militants à l’UNITE DANS LA LUTTE qui est commune quelle que soit la multiplicité de ses facettes…. « Nous devons avoir une démarche d’UNITE DE TOUTES LES LUTTES. Parce que quelles que soient les formes de lutte il y a un lien. Si les Africains étaient libres chez eux, ils ne viendraient pas ici vivre dans cet état d’humiliation. [APPLAUDISSEMENTS VIGOUREUX]. Lorsque Laurent-Désiré Kabila a chassé (1997) Mobutu, des milliers de Congolais de partout ont choisi de rentrer chez eux au Congo pour participer à la Reconstruction. Et que s’est-il alors passé ? parce que Kabila s’inscrivait dans la ligne de Patrice Lumumba il a été condamné à mort. On a monté une campagne de presse d’une extrême férocité et finalement le 16 janvier 2001 Kabila a été assassiné comme l’avait été Patrice Lumumba le 17 janvier 1960. Tout cela pour vous dire, qu’il y a une équation maléfique qui est posée sur les Africains. Si un chef d’Etat africain veut travailler pour l’intérêt de la population, il est condamné à Mort. J’ai cité Lumumba, vous vous rappelez de Sankara ou d'Amilcar Cabral. Mais les gens qui ont fait le choix de servir les exploiteurs de leur peuple sont eux maintenus au pouvoir: on l’a vu avec Houphouët Boigny, on l’a vu aussi avec Eyadema au Togo. Nous avons donc aujourd’hui un défit à relever. CE DEFIT NOUS INVITE A PRENDRE VERITABLEMENT conscience de la globalité de nos luttes.

Et dans cette perspective, avant de conclure, j’aimerais revenir sur l’information que Sanvi Panou a donnée toute à l’heure, relative au collectif d’avocats de Martinique qui a assigné l’Etat français en réparations pour deux cent milliards d’euros. Il ne s’agit pas d’une démarche fantaisiste. A partir du moment où le Crime contre l’Humanité est imprescriptible et où l’Etat français a été reconnu responsable d’un tel crime il est normal que des avocats puissent porter plainte. Je vais vous donner les noms de ces avocats courageux du barreau de Fort-de-France (Martinique), il est intéressant de les connaître et de les soutenir : Maître Claudette Duhamel, Maître Maryse Duhamel, Maître Germany et Maître Alain Manville. A propos de Maître Alain Manville il est intéressant de rappeler qu’il est le fils de Maître Manville, celui-là même qui avait organisé en 1992 le procès de Christophe Colomb (à l’occasion du 500ème anniversaire de son débarquement en Amérique) et également l’un des fondateurs du MRAP (Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples). La démarche juridique engagée est donc extrêmement importante et nous devons être ensemble pour enfin sortir de l’ère de la traite et de la colonisation. »

[L’African Liberation Day est une célébration collective et un membre de l’assistance demande alors à prendre la parole : il s’agit de KEMI SEBA d’une association dénommée « Tribu Ka ». Suite à cette brève intervention, les organisateurs décident de prévoir dans le programme, lors des prochaines célébrations, un temps de libre expression pour les différents courants d’expression en vigueur dans la communauté noire].


Et pour rendre un hommage aux combattants de la liberté
d’hier et d’aujourd’hui,


CHRISTIANE REMION GRANEL déclame alors pour les participants
le magnifique poème d’Aimé CÉSAIRE extrait du recueil de poésie Ferrements
« Mémorial de Louis Delgrès »


 

"La Guadeloupe saccagée et détruite, ses ruines encore fumantes du sang de ses enfants, des femmes et des vieillards passés au fil de l’épée, Pélage lui-même victime de leur astuce après avoir lâchement trahi son pays et ses frères ; le brave et immortel Delgrès emporté dans les airs avec les débris de son fort plutôt que d’accepter les fers. Guerrier magnanime !"

Jean-Jacques Dessalines
Proclamation aux Haïtiens, 28 avril 1804

 

« Mémorial de Louis Delgrès »
Aimé CÉSAIRE extrait du recueil de poésie Ferrements


un brouillard monta
le même qui depuis toujours m'obsède
tissu de bruits de ferrements de chaînes sans clefs
d'éraflures de griffes
d'un clapotis de crachats

un brouillard se durcit et un poing surgit
qui cassa le brouillard
le poing qui toujours m'obsède

et ce fut sur une mer d'orgueil
un soleil non pareil
avançant ses crêtes majestueuses
comme un jade troupeau de taureaux
vers les plages prairies obéissantes
et ce furent des montagnes libérées
pointant vers le ciel leur artillerie fougueuse
et ce furent des vallées au fond desquelles
l'Espérance agita les panaches fragiles des cannes à sucre de janvier

Louis Delgrès je te nomme

et soulevant hors silence le socle de ce nom
je heurte la précise épaisseur de la nuit
d'un rucher extasié de lucioles…

Delgrès il n'est point de printemps
comme la chlorophylle guettée d'une rumeur émergeante de morsures
de ce prairial têtu
t
rois jours tu vis contre les môles de ta saison
l'incendie effarer ses molosses
trois jours il vit Delgrès de sa main épeleuse de graines ou de racines
maintenir dans l'exacte commissure de leur rage impuissante
Gobert et Pélage les chiens colonialistes

Alentour le vent se gifle de chardons
d'en haut le ciel est bruine de sang ingénu
Fort Saint-Charles je chante par-dessus la visqueuse étreinte
le souple bond d'Ignace égrenant essouflée
par cannaies et clérodendres la meute colonialiste

Et je chante Delgrès qui aux remparts s'entête
trois jours Arpentant la bleue hauteur du rêve
projeté hors du sommeil du peuple
trois jours Soutenant soutenant de la grêle contexture de ses bras
notre ciel de pollen écrasé…

Et qu'est-ce qu'est-ce donc qu'on entend

le troupeau d'algues bleues cherche au labyrinthe des îles
Voussure ombreuse de l'écoute
la seule qui fût flaireuse d'une nouvelle naissance
Haïti aisance du mystère

l'étroit sentier de houle dans la brouillure des fables…

      Mais quand à Baimbridge Ignace fut tué
      que l'oiseau charognard du hurrah colonialiste
      eut plané son triomphe sur le frisson des îles

alors l'Histoire hissa sur son plus haut bûcher
la goutte de sang je dis
où vint se refléter comme en profond parage
l'insolite brisure du destin…

Morne Matouba
Lieu abrupte. Nom abrupt et de ténèbres En bas
au passage Constantin là où les deux rivières
écorcent leurs hoquets de couleuvres
Richepanse est là qui guette
(Richepanse l'ours colonialiste aux violettes gencives
friand du miel solaire butiné aux campêches)

      et ce fut aux confins l'exode du dialogue

Tout trembla sauf Delgrès…

      O mort, vers soi-même le bond considérable

tout sauta sur le noir Matouba

l'épais filet de l'air vers les sommets hala
d'abord les grands chevaux du bruit cabrés contre le ciel
puis mollement le grand poulpe avachi de fumée
risoire cracheur dans la nuit qu'il injecte
de l'insolent parfum d'une touffe de citronelle
et un vent sur les îles s'abattit
que cribla la suspecte violence des criquets…

Delgrès point n'ont devant toi chanté
les triomphales
flûtes ni rechigné ton ombre les citernes
séchées ni l'insecte vorace n'a patûré ton site
O Briseur Déconcerteur Violent
      
Je chante la main qui dédaigna d'écumer
     
de la longue cuillère des jours
     
le bouillonnement de vesou de la grande cuve du temps
et je chante
     
mais de toute la trompette du ciel plénier et sans merci
     
rugi le tenace tison hâtif
      lointainement agi par la rigueur téméraire de l'aurore !

Je veux entendre un chant où l'arc-en-ciel se brise
où se pose le courlis aux plages oubliées
j
e veux la liane qui croît sur le palmier
(c'est sur le tronc du présent notre avenir têtu)

je veux le conquistador à l'armure descellée
se couchant dans une mort de fleurs parfumées
et l'écume encense une épée qui se rouille
dans le pur vol bleuté de lents cactus hagards

je veux au haut des vagues soudoyant le tonnerre de midi
la négrillonne tête désenlisant d'écumes
la souple multitude du corps impérissable

que dans la vérité pourrie de nos étés
monte et ravive une fripure de bagasses
un sang de lumière chue aux coulures des cannaies

et voici dans cette sève et ce sang dedans cette évidence
aux quatre coins des îles Delgrès qui nous méandre
ayant Icare dévolu creusé au moelleux de la cendre
la plaie phosphorescente d'une insondable source
                             Or
constructeur du cœur dans la chair molles des mangliers
aujourd'hui Delgrès
     
aux creux de chemins qui se croisent
ramassant ce nom hors maremmes
     
je te clame et à tout vent futur
toi buccinateur d'une lointaine vendange.

Une camarade intervient ensuite au nom du MIR-France pour rappeler
DEUX URGENCES en matière de mobilisation.

MUMIA ABU JAMAL dont les organisateurs du MIR avaient placardé les affiches sur le terre-plein… Les faits sont brièvement rappelés: Mumia journaliste engagé dans la dénonciation des violations des droits humains et en particulier des violences et meurtres policiers à l’encontre de la communauté noire dans la ville de Philadelphie (USA), a été arrêté en 1981 et condamné à mort pour meurtre à l’issue d’un procès truqué.
En 2005 l’Etat US est plus que jamais déterminé à tuer le révolutionnaire qu’est Mumia, un homme dont le charisme et la détermination à lutter sont demeurés intacts.

 

Un RASSEMBLEMENT A LIEU DEVANT LE CONSULAT DES Etats-Unis A PARIS, Place de la Concorde (angle du jardin des tuileries) le 2 juillet 2005. Seule la mobilisation internationale a pu jusqu’à ce jour empêcher son exécution, seule une mobilisation encore plus grande peut parvenir, comme pour Mandela en son temps, à imposer sa libération.
Et au-delà du cas de Mumia c’est tout le dossier des prisonniers politiques aux USA qui est posé, et notamment de tous les PP qui se sont battus dans les années 60’ 70’ 80’ contre la ségrégation et le racisme et qui sont toujours incarcérés.
Et plus largement encore c’est la question du complexe carcéral industriel qui doit être posée. Une véritable ré-esclavagisation cachée, avec la plus grande population carcérale du monde (deux millions et demi de personnes) et un plan ourdi au début des années 80’ comme substitut aux délocalisations, et moyen de mobiliser une main d’œuvre à bas prix sur place aux USA. Et le MIR-France saisit l’opportunité de cette célébration de l’African Liberation Day pour mettre en garde contre les lois adoptées ces dernières années en France qui visent à criminaliser la pauvreté (possibilité d’incarcérer des gens parce qu’ils ont fraudé dans le métro par exemple alors qu’une carte orange mensuelle de transport en banlieue parisienne est aujourd’hui à 100 euros en 5ème zone et davantage au-delà), et peuvent s’inscrire dans un plan plus vaste à l’image de ce qui s’observe aux USA.

LA LOI DU 23 FEVRIER 2005, est la seconde urgence sur laquelle le MIR-France appelle à se mobiliser. Il s’agit d’une loi adoptée en catimini et visant à imposer dans la recherche et l’enseignement de l’histoire une apologie de la colonisation française. Le MIR-France appelle à la mobilisation pour l’abrogation de cette loi, rappelant que la colonisation est consubstantielle des déportations, des massacres, de l’esclavage et des travaux forcés. D’autant que cette loi s’inscrit dans un plan d’ensemble qui comprend la réhabilitation des anciens membres de l’OAS etc..

*******

C’est la branche française de la WORLD ETHIOPIAN FEDERATION (WEF) (représentée par son président au sein du Conseil d’administration du MIR-France), qui s’est chargée d’organiser l’animation musicale du rassemblement, et la journée se déroule notamment au son de la musique de Bob Marley qui dans WAR reprenait le discours prononcé par l’Empereur d’Ethiopie, Négusa Negast Haïlé Sélassié, à l’Assemblée Générale de l’ONU le 04 Octobre 1963 à New-York (USA).

Discours de l'Empereur d'Ethiopie Haïle aux Nations Unies, octobre 1963

Tant que la philosophie, qui considère qu’une race est supérieure et une autre inférieure, ne sera pas finalement et en permanence discréditée et abandonnée.

Tant qu’il y aura des citoyens de première et de seconde classe dans une Nation.

Tant que la couleur de la peau d’un homme aura plus de signification, que celle de ses yeux.

Tant que les droits de l’homme de base, ne seront pas garantis également pour chacun sans distinction de race.

Tant que ce jour ne sera pas arrivé, le rêve d’une paix durable, d’une citoyenneté mondiale et le règne de la moralité international, ne resteront que des illusions fugitives, poursuivis mais jamais atteinte.

Et tant que les régimes mal inspiré et ignoble qui détiennent nos frères Africains dans des chaînes inhumaines ne seront pas renversés et détruits.

Tant que la bigoterie, les préjugés et les intérêts personnels, n'auront pas été remplacés par la compréhension la tolérance et la bonne volonté.

Tant que tous les Africains ne seront pas debout et ne parleront pas en tant qu’êtres libres égaux aux yeux de tous les hommes comme ils le sont aux yeux du ciel.

Tant que ce jour ne sera pas arrivé, l’humanité ne connaîtra pas la paix.

Nous les Africains nous nous battrons si c’est nécessaire et nous savons que nous vaincrons, car nous avons confiance en la victoire du bien sur le mal.

La base de la discrimination raciale et du colonialisme, a toujours été économique et c’est avec des armes économiques que nous devons surmonter tous ces maux et que nous en viendrons à bout.

A la suite de résolutions adoptées à la conférence au sommet d’ADDIS ABEBA les Etats Africains ont pris plusieurs mesures économiques qui, si elles étaient adoptées par tous les états membres des nations unies, changeraient rapidement l’intransigeance en raison.

Je demande aujourd’hui que chaque nation représentée soit véritablement dévouée aux principes énoncés dans la charte et adhère à ces mesures.

Nous devons agir tant qu’il en est temps.

Tant que se présente l’occasion d’exercer ces pressions légitimes de crainte que le temps ne s’épuise et nous pousse à recourir à des procédés moins heureux.

En ces temps modernes les grandes nations de se monde, feraient bien de se rappeler que même leur propre sort n’est pas entièrement entre leurs mains. La paix réclame les efforts unis, de chacun de nous.

Qui peut prédire quelle étincelle pourrait mettre le feu aux poudres ?

Pour chacun d’entre nous l’enjeu est le même, la vie ou la mort, nous souhaitons tous vivre, nous cherchons tous, un monde où les hommes seraient libérés des fardeaux de l’ignorance, la pauvreté, la faim et de la maladie et si la catastrophe devait survenir, nous serions tous pressés d’échapper à une pluie nucléaire mortelle.

Les problèmes auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui sont tous à part égal, sans précédent. Ils n’ont pas de contrepartie dans l’expérience humaine. Les hommes cherchent des précédents et des solutions dans les pages de l’histoire, mais il y en a aucun.

Ceci est donc le défi suprême. Où allons nous chercher notre survie ? Où allons nous chercher les réponses aux questions qui n’ont jamais été posées ?

Nous devons tout d’abord nous tourner vers le Dieu tout Puissant, qui a élevé l’homme au-dessus des animaux et l’a doté d’intelligence et de raison, nous devons avoir foi en lui, qu’il ne nous abandonne pas et ne nous permette pas de détruire l’humanité qu’il a créée à son image. Et nous devons regarder en nous même jusque dans les profondeurs de nos âmes.

Nous devons devenir ce que nous n’avons jamais été, ce à quoi notre éducation, notre expérience et notre environnement, nous a très mal préparés.

Nous devons être plus grands que ce que nous avons été, plus courageux, avoir l’esprit plus large, plus ouvert.

Nous devons devenir une nouvelle race, dépasser nos préjugés insignifiants et nous soumettre à la fidélité ultime que nous devons non pas aux nations, mais à nos semblables les hommes au sein de la communauté humaine.

Haïlé Sélassié,
Assemblée Générale de l’ONU,
04 Octobre 1963, New-York, USA.


Les prises de paroles étant terminées...

le président de la Fédération Mondiale Ethiopienne en France, Joseph Bucher (photo ci-contre aux côtés de Ras Letef), rappelle de manière synthétique le sens de la célébration de l’African Liberation Day à sa création en 1958 et pour nous Africains résidant à Paris en 2005, sachant que le MIR a cette année placé la journée « sous le signe des luttes pour les désaliénations », dans la continuité du Convoi pour les Réparations qui s’est déroulé la semaine précédente en Martinique.



Puis Ras LETEF [Chant et percussion Nayabinghi], Ras Job [Chanteur Lead Nayabinghi] et Kadim [Chant percussion] rendent hommage aux ancêtres et chantent les combattants de la liberté.


En fin d’après midi le rassemblement s’achève vers 18h pour laisser la place aux organisateurs et « bénéficiaires » de la distribution de soupe populaire qui a lieu chaque soir sur le terre-plein de la Place de la République…. On estime qu’en 2005 il y a en région parisienne environ 8000 personnes qualifiées d’SDF (Sans Domicile Fixe) et un nombre croissant de personnes qui ne subsistent que grâce aux distributions de nourriture effectuées par les organisations caritatives.

fin