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Compte-rendu du MIR-France (13 juin 2005)
La célébration de lAfrican Liberation Day par les militants de Paris a connu cette année une nouvelle impulsion, avec lorganisation dune journée de travail en salle par lAMICALE PANAFRICAINE (communiqué joint), et le rassemblement Place de la République du MIR-France, Mouvement International pour les Réparations(appel) (compte-rendu ci-dessous).
....et
sur le terre-plein étaient placardées des affiches
Et cest au son dEugène Mona et de WAR de Bob Marley que lanimation musicale a débuté.
En introduction, le président 2005 du MIR-France SANVI PANOU, qui dirige le Cinéma Images dAilleurs, a souligné le sens de cette célébration appelée à se renouveler annuellement chaque dernier samedi du mois de mai jusquà la libération totale
«
10 ans après la fin de lapartheid, au vu des problèmes
auxquels les peuples africains partout dans le monde sont confrontés
nous avons décidé que nous ne pouvions plus attendre pour
relancer sur la place publique la célébration de lAfrican
Liberation Day. Lurgence au Togo ne nous permet plus dattendre.
Le peuple togolais a enregistré au cours davril-mai plus
de 800 morts, 5000 blessés des dizaines de milliers de disparus.
Il a alors informé les participants de l« immense pas vers cette victoire absolue » qui venait dêtre enregistré en début de semaine, avec lassignation de lEtat français par le MIR-Martinique et le Conseil Mondial de la Diaspora Pan Africaine, sappuyant sur la loi Taubira de mai 2001, pour un dédommagement comprenant une provision à hauteur de 200 milliards deuros pour le crime contre lhumanité perpétré par lEtat français contre le peuple martiniquais. « Un acte historique quHaïti na pas encore réussi à faire, mais qui se fera, et que tous les peuples atteints par ce crime contre lhumanité feront ».
Loffensive
pour la reconnaissance des crimes du passé est engagée afin
de permettre la construction pacifiée dun avenir commun,
une partie de la France officielle se crispe, le MIR ne peut quexhorter
tous les gens de bonne volonté à se mobiliser pour poursuivre
unis le combat pour la justice.
Succédant à Sanvi Panou, la cinéaste SARAH MALDOROR est ensuite intervenue pour présenter en quelques mots le combat de ceux à qui le MIR avait dédié la journée, Delgrès et ses compagnons, tous combattants de la Liberté
« Napoléon a rétabli lesclavage. Delgrès avec Ignace, solitude et dautres ne lont pas accepté et ont résisté. Ce sont des Résistants, comme il y en a eu à dautres moments en France et ailleurs dans le monde. Mais tandis que les Résistants français de France sont reconnus, les Résistants de la Guadeloupe ou de la Martinique ne font pas partie de lHistoire. ( ) Nous devons travailler sur lhistoire. Taubira a fait énormément nous devons continuer le chemin qu'elle a tracé.»
Répondant à une question posée par un participant, une militante du MIR-France a alors pris la parole pour rappeler qui était Sarah Maldoror, une cinéaste qui soit dit en passant cherche depuis plus de dix ans un financement pour son film sur précisément « Les Révoltés du Matouba ».
La présentation de Sarah Maldoror, guadeloupéenne dorigine, connue pour son implication dans la lutte de libération des années 60 70 des colonies portugaises dAfrique et sa dénonciation de la torture portugaise, a été loccasion dun survol historique quant aux pas accomplis par les peuples dascendance africaine au cours des cinquante dernières années. Lorsque lAfrican
Liberation Day a été créé en 1958 dans
le Ghana qui venait daccéder à lindépendance
en 1957, toute lAfrique subsaharienne était sous domination
coloniale mis à part le Liberia, pseudo-colonie des USA, et les
pays dAfrique australe sous domination blanche (Afrique du Sud,
Rhodésie
). En Afrique subsaharienne, cest dans les colonies portugaises que le mouvement de libération armée senclenche puisque le Portugal de Salazar se refuse à décoloniser. Auparavant, lAngleterre confrontée au mouvement de libération au Kenya notamment (1954, Mau Mau ) sest engagée dans la décolonisation en Afrique. Quant à la France, dans limpossibilité de faire face à la fois sur les fronts dAsie (1954, Diên Biên Phu), dAfrique du Nord (1954, premiers « évènements » à Constantine en Algérie) et dAfrique subsaharienne (gravissime conflit à Madagascar en 1947, maquis important au Cameroun où des années 1940 à 1970 on enregistre un million de morts avec notamment usage du napalm, ébullition en Guinée etc.), elle doit faire des choix : la priorité cest lAlgérie, colonie de peuplement alors devenue département français. Et en Afrique subsaharienne, la France négocie. Reste donc le Portugal qui a derrière lui tout lOccident cest à dire lOTAN (le Traité de lAtlantique Nord place les pays dEurope de lOuest sous la protection des USA en cas dagression, sous entendu dagression communiste ; et les Etats occidentaux se plaisent à présenter les guerres dindépendance comme les éléments dun complot communiste), car nul nignore que la libération de lAngola et du Mozambique serait le signe avant-coureur de la libération de toute lAfrique australe. ...En ce mois de mai, mois de la mort de Bob Marley (1981) cest dailleurs loccasion pour l'intervenante de rappeler que Bob en précurseur chantait « African will liberate Zimbabwe », à une époque où nombreux étaient ceux qui considéraient que le bastion blanc de la Rhodésie ne pourrait jamais être libéré compte tenu de la disproportion des forces militaires et économiques entre Africains et colons blancs.
Puis il y a dix ans cest la chute de lapartheid. « Et dix ans plus tard, on se rend compte que de manière éhontée la république française est en train de prétendre installer un système monarchique dans ses anciennes colonies.» Ceci est dautant plus choquant quEyadema dont Chirac aime à proclamer quil est un « ami personnel », est lindividu qui a personnellement assassiné en 1963 de manière macabre le premier président du Togo, Sylvanus Olympio. Et cela parce que Sylvanus Olympio avait souhaité se rapprocher davantage de lAllemagne (avec notamment lancrage de la monnaie togolaise sur le Mark allemand) quil estimait plus à même que la France de contribuer au développement de son pays. Quant à cette succession forcée du fils dEyadema à son père, à y regarder de plus près on saperçoit quil sagit peut-être bien là dune stratégie globale puisquà lévidence les présidents de tout un panel de pays voisins du Togo, ont eux aussi déjà un fils prêt au lancement, et parfois dores et déjà ministre.
« Cest
ainsi au vu des urgences, au vu de ce qui se passe au Togo, au vu du fait
que les Togolais sont seuls dans leur combat ; cest à dire
que ni les Congolais, ni les Camerounais, ni les Guadeloupéens,
ni les Martiniquais, ni les Guyanais etc. ne sont avec eux. Cest
donc au vu quils sont seuls avec une poignée de militants
anti-impérialistes français, que nous nous sommes dit quil
fallait agir, quil fallait réinstaller un agenda international
commun. Et lALD est précisément le cadre adéquat
pour nous permettre de faire connaître la situation au Togo qui
demeure largement méconnue de notre diaspora dEurope et des
Amériques ; beaucoup de gens en Angleterre ou aux USA par exemple
sont informés de lenjeu majeur de la reprise de la terre
au Zimbabwe où du drame qui se déroule depuis plusieurs
années au Congo Kinshasa, mais la question du Togo na pas
encore vraiment franchi le cercle franco-français et lALD
offre lopportunité de len faire sortir.
Le contexte historique dans lequel sinscrit la célébration de cet African Liberation Day 2005 ayant ainsi été cerné, Foly-Ekhe Foligan, porte-parole des Togolais en lutte prend la parole.
Foly se réjouit tout dabord de la diversité des participants : camarades dascendance africaine du continent et de la diaspora, et personnes de toutes origines. Bref « des êtres humains qui sont révoltés, des êtres humains qui veulent que le monde change ». Puis il brosse un tableau précis de la situation actuelle du Togo, de sa genèse et de lurgence qui prévaut. Commençant
par rappeler « ce que le monde entier a vu » via
les médias, à savoir le déchaînement de violence
de larmée dEyadema afin de faire taire la voix des
urnes, ces urnes sur lesquelles on a vu les soldats tirer. Foly cerne
alors lenjeu du combat en cours, et souligne la détermination
des militants
Et tandis que lorateur suivant monte sur lestrade, les manifestants scandent « A bas, A bas, A bas la dictature !»
Pâris Baletula DIAMBANZA prend alors le relais en venant évoquer la tragédie congolaise tellement « révélatrice des enjeux et DES NOUVELLES stratégies de recolonisation ».
Dans un survol historique il rappelle quaprès des années de mobilisation populaire, le Congo Kinshasa devient indépendant le 30 juin 1960, avec pour Président de la République Joseph Kasavubu et pour Premier Ministre Patrice Emery Lumumba ; que lEtat congolais se dote dinstitutions démocratiques, et que huit jours plus tard le peuple congolais est confronté à un coup de force de la Belgique « qui creuse la tombe de la démocratie au Congo et plonge le Congo dans une guerre de sécession qui va coûter la vie à des centaines de milliers de Congolais ». Pour lancien colonisateur, la Belgique (en collaboration dailleurs avec lAfrique du Sud), il sagit de soustraire en urgence la région la plus riche du pays (le Katanga) à la gouvernance du nouvel Etat. « La Belgique porte aussi une responsabilité directe dans lassassinat barbare de lancien Premier Ministre congolais Emery Patrice Lumumba ».
« Il nous a paru nécessaire de faire ce retour sur lhistoire car lorsquon perd la trame historique les évènements perdent leur sens. Les luttes et conflits actuels paraissent absurdes comme si les Africains étaient des hommes insensés qui nont comme projet que de faire le malheur de leurs peuples ( ). Aujourdhui il est vrai, dans certaines régions de lAfrique des populations privées de tout droit vivent dans une situation dextrême précarité. Ce nest pas parce que leur pays a accédé à lindépendance quils sont misérables. Bien au contraire. Cest parce que ces pays nont pas pu transformer les indépendances protocolaires en indépendances politiques ». Ceux qui luttaient pour le bien-être de leur peuple ont été systématiquement éliminés et les individus les plus vils de la société soutenus. Ainsi, au pillage colonial sajoutent les prébendes de ces pouvoirs de façade qui jouent les intermédiaires. Pâris Baletula souligne ensuite lenjeu du Congo Kinshasa : « le plus grand pays (en superficie) des Noirs et le château deau de lAfrique sans même parler des richesses immenses qui ont fait le malheur de ce pays. » Il dénonce
enfin les manuvres présentement engagées au nom du
rétablissement de la paix et qui sont porteuses de nouveaux chaos
« Il existe actuellement au Congo un schéma quon
appelle 1 + 4, Enfin, Pâris Baletula exhorte les militants à lUNITE DANS LA LUTTE qui est commune quelle que soit la multiplicité de ses facettes . « Nous devons avoir une démarche dUNITE DE TOUTES LES LUTTES. Parce que quelles que soient les formes de lutte il y a un lien. Si les Africains étaient libres chez eux, ils ne viendraient pas ici vivre dans cet état dhumiliation. [APPLAUDISSEMENTS VIGOUREUX]. Lorsque Laurent-Désiré Kabila a chassé (1997) Mobutu, des milliers de Congolais de partout ont choisi de rentrer chez eux au Congo pour participer à la Reconstruction. Et que sest-il alors passé ? parce que Kabila sinscrivait dans la ligne de Patrice Lumumba il a été condamné à mort. On a monté une campagne de presse dune extrême férocité et finalement le 16 janvier 2001 Kabila a été assassiné comme lavait été Patrice Lumumba le 17 janvier 1960. Tout cela pour vous dire, quil y a une équation maléfique qui est posée sur les Africains. Si un chef dEtat africain veut travailler pour lintérêt de la population, il est condamné à Mort. Jai cité Lumumba, vous vous rappelez de Sankara ou d'Amilcar Cabral. Mais les gens qui ont fait le choix de servir les exploiteurs de leur peuple sont eux maintenus au pouvoir: on la vu avec Houphouët Boigny, on la vu aussi avec Eyadema au Togo. Nous avons donc aujourdhui un défit à relever. CE DEFIT NOUS INVITE A PRENDRE VERITABLEMENT conscience de la globalité de nos luttes. Et dans
cette perspective, avant de conclure, jaimerais revenir sur linformation
que Sanvi Panou a donnée toute à lheure, relative
au collectif davocats de Martinique qui a assigné lEtat
français en réparations pour deux cent milliards deuros.
Il ne sagit pas dune démarche fantaisiste. A
partir du moment où le Crime contre lHumanité est
imprescriptible et où lEtat français a été
reconnu responsable dun tel crime il est normal que des avocats
puissent porter plainte. Je vais vous donner les noms de ces avocats courageux
du barreau de Fort-de-France (Martinique), il est intéressant de
les connaître et de les soutenir : Maître Claudette Duhamel,
Maître Maryse Duhamel, Maître Germany et Maître Alain
Manville. A propos de Maître Alain Manville il est intéressant
de rappeler quil est le fils de Maître Manville, celui-là
même qui avait organisé en 1992 le procès de Christophe
Colomb (à loccasion du 500ème anniversaire de son
débarquement en Amérique) et également lun
des fondateurs du MRAP (Mouvement contre le Racisme et pour lAmitié
entre les Peuples). La démarche juridique engagée est donc
extrêmement importante et nous devons être ensemble pour enfin
sortir de lère de la traite et de la colonisation. »
Une
camarade intervient ensuite au nom du MIR-France pour rappeler
MUMIA
ABU JAMAL dont les organisateurs du MIR avaient placardé
les affiches sur le terre-plein
Les faits sont brièvement
rappelés: Mumia journaliste engagé dans la dénonciation
des violations des droits humains et en particulier des violences et meurtres
policiers à lencontre de la communauté noire dans
la ville de Philadelphie (USA), a été arrêté
en 1981 et condamné à mort pour meurtre à lissue
dun procès truqué.
Un
RASSEMBLEMENT A LIEU DEVANT LE CONSULAT DES Etats-Unis A PARIS, Place
de la Concorde (angle du jardin des tuileries) le
2 juillet 2005. Seule la mobilisation
internationale a pu jusquà ce jour empêcher son exécution,
seule une mobilisation encore plus grande peut parvenir, comme pour Mandela
en son temps, à imposer sa libération.
LA LOI DU 23 FEVRIER 2005, est la seconde urgence sur laquelle le MIR-France appelle à se mobiliser. Il sagit dune loi adoptée en catimini et visant à imposer dans la recherche et lenseignement de lhistoire une apologie de la colonisation française. Le MIR-France appelle à la mobilisation pour labrogation de cette loi, rappelant que la colonisation est consubstantielle des déportations, des massacres, de lesclavage et des travaux forcés. Dautant que cette loi sinscrit dans un plan densemble qui comprend la réhabilitation des anciens membres de lOAS etc.. *******
Cest
la branche française de la WORLD ETHIOPIAN FEDERATION (WEF)
(représentée par son président au sein du Conseil
dadministration du MIR-France), qui sest chargée dorganiser
lanimation musicale du rassemblement, et la journée se déroule
notamment au son de la musique de Bob Marley qui dans WAR reprenait
le discours prononcé par lEmpereur dEthiopie, Négusa
Negast Haïlé Sélassié, à lAssemblée
Générale de lONU le 04 Octobre 1963 à New-York
(USA).
Les prises de paroles étant terminées... le président de la Fédération Mondiale Ethiopienne en France, Joseph Bucher (photo ci-contre aux côtés de Ras Letef), rappelle de manière synthétique le sens de la célébration de lAfrican Liberation Day à sa création en 1958 et pour nous Africains résidant à Paris en 2005, sachant que le MIR a cette année placé la journée « sous le signe des luttes pour les désaliénations », dans la continuité du Convoi pour les Réparations qui sest déroulé la semaine précédente en Martinique.
En fin daprès midi le rassemblement sachève vers 18h pour laisser la place aux organisateurs et « bénéficiaires » de la distribution de soupe populaire qui a lieu chaque soir sur le terre-plein de la Place de la République . On estime quen 2005 il y a en région parisienne environ 8000 personnes qualifiées dSDF (Sans Domicile Fixe) et un nombre croissant de personnes qui ne subsistent que grâce aux distributions de nourriture effectuées par les organisations caritatives.
fin |
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