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Message à
propos du Prix décerné à Pétré-Grenouilleau......
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"Ainsi
donc l'approximation historique devient science et le Sénat, que
présidait une fois Gaston Monnerville, se pâme d'admiration
et ceint de ses lauriers le front de l'écrivain.
Ainsi donc la loi Taubira a un effet néfaste : elle permet à
chacun de savoir ce que "crime contre l'humanité" veut
dire et autorise chacun à se livrer à l'ignominie, à
l'indécence, à l'immoralité de la comparaison...
Ainsi donc, comme autrefois ailleurs et ici dans une période bien
précise de l'histoire d'ici et d'ailleurs, il faudra désormais
à ceux qui osent, à ceux qui ont le front de se prétendre
"descendants d'esclaves" exhiber les quatre quartiers de leur
ascendance, voire même tout leur arbre généalogique
pour avoir droit... non à la justice, non à la réparation,
non aux regrets, pas même à l'insultante compassion, mais
tout simplement à la parole.
Ainsi donc on peut écrire une "histoire" linéaire
et foisonnante à la fois de l'esclavage, du jour où Yahvé
condamnait Canaan, du jour où les fils de Jacob (que Yahvé
nomma Israël) vendaient en esclave leur frère Joseph jusqu'à
ce matin, en noyant par cette curieuse méthode la traite négrière
de signe chrétien dans l'infinitude océanique des épisodes
de l'aliénation de soi au bénéfice d'autrui.
Ainsi donc on peut garnir de chiffres et de pourcentages l'histoire des
captivités intra-africaines en octroyant égale valeur aux
rarissimes témoignages écrits habilement mêlés
aux données, ô combien crédibles, des traditions orales.
Ainsi donc Pétré-Grenouilleau peut faire oeuvre d'"historien"
en racontant les traites sans se préoccuper sérieusement
de l'idéologie convenant à chacune d'elles. Comme si les
notions d'"homme", de "liberté", d'"esclavage",
de "citoyenneté", de "peuple" étaient
les mêmes dans tous les continents depuis Hésiode et Esdras
jusqu'à Montesquieu et les Lumières et, tant qu'à
faire, jusqu'à la "Déclaration des droits de l'homme
et du citoyen" avant hier et à la "Déclaration
universelle des droits de l'homme" juste hier soir.
Et c'est
ainsi que l'historien à qui on s'empresse de tendre papier, micros
et caméras peut réussir cette merveille de raconter la traite
négrière de signe chrétien sans aucunement évoquer
ni le tragiquement exemplaire Code Noir ni les avatars juridiques européens
de ce chef d'oeuvre juridique, voulu par l'immense Colbert et le Roi Soleil,
célébré et remis en honneur dans un torrent de sang
par Napoléon.
La même idéologie, celle des Lumières, qui célèbre
la libération de l'homme, qui combine inextricablement humanité
et citoyenneté, qui dit la grandeur des peuples et qui condamne
l'esclavage gréco-romain, propose "des règlements à
faire" pour "mieux tenir les esclaves" (Montesquieu), insinue
de faire travailler "en musique" les esclaves pour que, oubliant
leur douleur, ils oublient leur condition (Diderot) .
Et le Sénat
se pâme.
Et par sa stupide pâmoison, le Sénat foule aux pieds la dignité,
l'humanité de tous et chacun des descendants de ces esclaves-là.
Quand le pouvoir législatif prévarique, la voie est ouverte
à tous les excès, à tous les désordres.
Sénateurs, nos élus,honte à vous!
Sénateurs, nos élus, prenez garde! Les descendants d'esclaves
sont légion. Et ils ne sont pas seuls".
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